Ne descendons pas trop vite du train

Les voyages en train sont souvent l’occasion de réfléchir. Je fais partie de cette espèce rare qui ne fait pas de reproches à la SNCF, va jusqu’à soutenir les cheminots quand ils font grève face aux hordes d’amis en colère, et qui ne râle pas quand son train a du retard. Plus encore, j’aime prendre le train, qui est mille fois préférable à la voiture à mes yeux. On peut lire, réfléchir, dormir, en toute sérénité. Peut-être faut il voir là une séquelle d’un accident de la route que j’ai vécu il y a des années. Mais pourquoi parler du train ainsi ? Car il y a un moment que je trouve particulièrement savoureux : l’approche de l’arrivée. Le train devient alors un magnifique laboratoire d’analyse des comportements de l’être humain surpressé que nous côtoyons désormais.

Car bien souvent, avant même que la gare n’ait été annoncée, une partie des passagers se sont déjà emparés de leurs bagages. L’annonce elle-même survient cinq bonnes minutes avant l’arrivée en gare, et déjà, les gens se lèvent, s’habillent, se massent près des portes. C’est avec un certain plaisir que j’aime à rester enfoncé dans mon fauteuil, lisant encore quelques pages, pour ne me lever qu’une fois le train arrêté, et saisir mes affaires avant de me rendre d’un pas tranquille jusqu’à la sortie. Les autres passagers, déjà dans les starting blocks depuis cinq minutes, n’ont généralement pas le temps de tous sortir avant que je ne sois moi-même prêt à mettre le pied sur le quai. Tout au plus les plus rapides ont ils gagné trente secondes par rapport à moi. Mais pour ces trente secondes, ils ont dû payer cinq minutes de tension, pour être le plus près de la porte, rester debout, afin de sauter sur le quai. Cinq minutes pendant lesquelles j’ai pour ma part pu vaquer à mes occupations. Au final, ne serait-ce pas moi qui ai ainsi gagné quatre minutes trente ?

Bien entendu, les Anciens n’ont pas attendu les TER de province pour comprendre que ne pas se presser ne signifiait pas forcément perdre son temps. Grecs et Romains avaient déjà fait leur le proverbe « Hâte toi lentement ». Il faut dire qu’il s’applique dans bien des domaines ! Se presser inutilement revient souvent à mal faire ; avec des conséquences parfois dramatiques. Combien de personnes se tuent chaque année pour des excès de vitesse qui ne font généralement gagner que quelques minutes ? Combien de journées de travail ont été perdues parce qu’une personne, trop pressée, avait fait une erreur l’obligeant à tout recommencer ? Souvent, un travail fait lentement est le gage d’un travail réussi, et plus qu’un travail hâtif.

La réalité est même parfois spectaculaire. Dans les usines de la Bethlehelm Steel Company, il avait été relevé que l’ouvrier moyen transportait 12,5 tonnes de fonte par jour sur les wagons qu’il devait charger, et était épuisé vers midi. Ceci jusqu’à ce qu’à titre d’expérience, un ouvrier soit suivi par un chronométreur lui indiquant quand se reposer. L’ouvrier ainsi suivi ne transporta plus 12,5 tonnes mais 47 par jour. Le secret était simple : sur chaque heure de travail, l’ouvrier suivi se reposait 34 minutes et travaillait 26. En se reposant plus de la moitié de sa journée, l’ouvrier pouvait ainsi abattre presque quatre fois plus de travail que lorsqu’il était actif en permanence ! Même lorsqu’il ne s’agit pas de transporter de la fonte, d’ailleurs, nombreux sont ceux qui savent que l’on est beaucoup plus productif lorsque l’on travaille… moins.

Aussi, la prochaine fois que l’on vous reprochera de ne pas être assez rapide, de prendre votre temps, souvenez vous que le plus actif n’est pas forcément celui qui en fait le plus ; et que descendre du train en prenant son temps en fait finalement gagner… et réduira votre tension. Pensez-y à l’approche de la prochaine gare !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s